« J’ai tout lâché pour toi » : cette phrase peut être dite avec élan et enthousiasme, même après plus de 30 ans de vie commune, ou avec amertume, parfois mêlée de plainte … Sous-entendu : « Ai-je eu raison ? Ai-je fait le bon choix ? T’es-tu rendu compte de tout ce que j’ai quitté pour toi : la poursuite de mes études, cette ville où j’avais un boulot pépère, ma bande de copains, cette passion du sport qui me prenait tous les WE, ma carrière professionnelle pour élever nos enfants, ma ligne après les accouchements, le rythme agréable de ma vie de célibataire, mon compte en banque perso… ? etc… »

« Pour aimer, il faut quitter » : on le sait depuis qu’on est né, car si le bébé ne quitte pas le sein maternel, et que le cordon ombilical n’est pas coupé, il meurt… Quitter pour vivre ! Notre vie est ainsi faite de ruptures, indispensables pour grandir, pour franchir les nécessaires étapes de croissance, humaine et spirituelle, qui font de nous des adultes, fils et filles de Dieu. La maturité et la « liberté d’aimer » sont à ce prix. Or, parfois, quitter un équilibre ancien (souvent confortable, car connu) peut faire peur, peut être difficile, douloureux, mais quelle intensité de vie nouvelle devient alors possible !!

Par exemple, en couple, l’arrivée de l’enfant propulse les époux au stade de parents : ce petit intrus, tant attendu, vient bousculer le confort et l’insouciance des jeunes amoureux. Il faut déménager, se lever la nuit, assumer la responsabilité de la nouvelle cellule familiale, faire des choix professionnels… tout cela, sans négliger l’intimité du couple, qui reste le socle de tout l’édifice. Cette étape de l’arrivée du premier, puis du deuxième enfant, peut « faire crise », et c’est normal, car il faut bien s’adapter ! Ensuite, le couple devra surmonter les inévitables turbulences de l’adolescence de ces chers petits, moments souvent troublés parallèlement par la fameuse crise du milieu de vie que traversent alors les conjoints…Puis, c’est le départ des enfants, qui tracent leur route ( pas toujours comme on l’aurait souhaité !…), et le nid se vide, la retraite arrive, nos parents nous quittent : serons-nous capables de créer à nouveau une intimité, un dialogue, des activités sources de plaisir et d’enrichissement mutuel ?

Quitter, c’est renoncer. Et qu’est-ce que renoncer, si ce n’est entrer dans le Mystère Pascal, par la grâce du sacrement de Mariage ? n’est-ce pas renoncer à idéaliser l’autre, à le posséder, à l’instrumentaliser, à lui imposer mes désirs ? N’est-ce pas rompre avec mes attentes de fusion narcissiques, avec ce besoin impérieux d’être comblé par lui(elle), de ne faire dépendre mon bonheur que de lui(elle), comme si je n’étais pas responsable de ma propre vie ? « Le bonheur se trouve au fond de nos cœurs » : commençons par sourire à notre époux(se) et à lui dire merci d’exister, avant de lui adresser nos listes de reproches et d’exigences de perfection, pour tenter de le modeler selon notre idéal !

Accueillir son conjoint pour l’aimer, cela implique aussi de rompre avec certaines (mauvaises ?) habitudes…la télé, internet sans discernement, le téléphone sans fin avec les copines ou avec Maman, l’alcool, le chocolat etc… etc… C’est aussi accepter que mon mari, ma femme, évolue, et décider de s’adapter à cette évolution, malgré parfois la douloureuse différence de rythmes. L’amour « espère » l’autre, le(la) fait grandir, permet qu’il(elle) s’épanouisse et se réalise au mieux des talents que le Seigneur lui a confiés et de sa mission personnelle. Par pitié, ne fossilisons pas l’autre en restant accrochés à l’idée qu’on s’était faite de lui(elle), ou à des regrets stériles du style : « Ah,comme tu as changé(e), que tu as vieilli(e) ! Ah, ce n’est plus comme au bon vieux temps ! etc… »

Rompre avec le passé pour accueillir et inventer l’aujourd’hui de ce que nous voulons vivre et construire ensemble : l’amour se conjugue au présent, le regard fixé sur Dieu, et le cœur ouvert à Sa Miséricorde, pour se détacher de nos vieilles rancoeurs, de ces blessures mal cicatrisées qui pourrissent notre relation, et se ré-ouvrent à la moindre frustration. Osons aussi lâcher ces rêves déçus au sujet du « couple idéal » que nous voulions former, de la famille parfaite dont nous aurions rêvé pour épater la galerie, ou pour avoir enfin la reconnaissance tant attendue de nos parents.

A propos, ceux-là, les avons-nous vraiment mis à leur vraie place ? «  Quitte ton père et ta mère, pour ne faire plus qu’une seule chair avec ton conjoint »… Sommes-nous capables de les « honorer », sans dépendre d’eux, sans les ignorer ni les rejeter ? Pouvons-nous vivre une juste distance avec eux, sans culpabiliser ni céder à leur éventuel chantage affectif ? Sommes-nous libres par rapport à nos familles et belles-familles respectives ? Qu’en est-il du déjeuner dominical traditionnel, des questions d’héritage, des baby-sitting par les grands-mères ? Notre couple est-il vraiment « le nôtre », ou un clône de celui de nos parents ? Reste-t-il notre vraie priorité ?

 

S’aimer en couple selon Dieu, en « disciples du Christ » suppose, tout en restant greffés sur la Vigne véritable, d’accepter de se laisser émonder par le Vigneron, d’accepter de faire ces passages, de se quitter soi-même pour se livrer à l’autre, tel qu’il est, et tel que nous sommes. Oui, Jésus est présent au cœur de nos limites, de notre vulnérabilité, et Il nous appelle, à travers notre conjoint, « à quitter  tout » pour nous donner l’un à l’autre. Suis-je prêt(e) à me laisser brûler par Son Amour pour mon conjoint, amour qu’Il veut m’infuser, et qui va jusqu’au don total et joyeux de ma vie, malgré les crises, malgré la routine, la fatigue, le temps qui manque, le chômage, les deuils, le stress, les difficultés dans nos relations physiques, dans l’éducation de nos enfants ?....

Dieu nous aime tels que nous sommes, Il aime notre couple, avec ses richesses et ses fragilités. Répondre à Son amour en couple peut aussi impliquer d’autres ruptures, choisies résolument sous la motion de l’Esprit-Saint : vivre l’Evangile, la pauvreté de cœur entre époux, la simplicité de vie, la chasteté, le partage des biens et la générosité dans la prière et les engagements, tout cela va nous faire « quitter l’esprit du monde » et entrer dans l’Esprit des Béatitudes : « Bienheureux époux serons-nous ! »

 

POUR REFLECHIR ENSEMBLE :

Repérer les ruptures dans nos vies : à quelle étape en sommes-nous aujourd’hui ?

Qu’avons-nous du mal à lâcher actuellement ? Personnellement, et en couple ?

Certaines ruptures sont difficiles et montrent un attachement : quel est-il cet attachement ?

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