P1000897_Anne_Lannegrace.JPGBeaucoup de jeunes couples se séparent alors qu’ils vivent ensemble depuis des années et qu’ils ont un ou plusieurs enfants. Que se passe-t-il donc pour que la vie commune leur devienne impossible à continuer ?

Aujourd’hui, l’amour est le fondement essentiel de la vie de couple à ses débuts. Le critère prioritaire est le bonheur amoureux, une affaire entre eux deux qui reste du domaine privé. C’est la naissance de l’enfant qui inscrit cet amour dans la sphère publique, souvent avant le mariage proprement dit.

Lorsqu’ils ne sont pas mariés ni même pacsés, ils n’ont pas inscrit leur vie dans un cadre protecteur qui les aide à traverser les difficultés inévitables. L’union libre a l’inconvénient ne de pas leur faire poser un engagement explicite l’un vis-à-vis de l’autre et vis-à-vis de la société, qui marquerait clairement leur nouvelle appartenance et leur séparation symbolique d’avec leurs familles d’origine.

Mais quand ils sont mariés ? Ils ont vécu plusieurs années ensemble et ils se séparent malgré tout, quelquefois rapidement après le mariage. C’est toute la communauté qui les entoure qui est en deuil, les maires qui les ont mariés civilement, les prêtres et ceux qui les ont préparés au sacrement de mariage, leurs enfants qui sont les grands perdants dans cette séparation, les familles qui ne savent plus que dire et que faire.

S’aimer est une aventure qui se construit. Cela ne va pas sans crises et découragements. L’amour ne peut pas rester basé sur l’état amoureux du début. Il se transforme et s’enrichit, avec en particulier l’acceptation de la différence radicale qui existe entre chacun. Entre un homme et une femme, la différence des sexes excite le désir et l’attrait au début de la rencontre amoureuse. Elle peut devenir ensuite ce qui les sépare. L’autre devient incompréhensible, étranger, et même le dialogue ne permet plus de se rencontrer.

Notre époque favorise la conviction que les hommes et les femmes peuvent avoir des rôles et des places interchangeables. La différence des sexes est considérée comme un produit culturel et une norme imposée dès l’enfance, les tâches traditionnellement réparties à chacun devant être redistribuées à égalité. Dans cette logique, les nouveaux couples ont tendance à redéfinir comment vivre ensemble dans une négociation permanente qui les sépare et les fatigue.

Pour pouvoir rester ensemble en continuant à s’aimer, ils vont devoir découvrir et accepter progressivement qu’ils sont différents l’un de l’autre, non pas pour les activités de la vie quotidienne mais en profondeur, dans leur rapport au monde et dans leur place respective l’un par rapport à l’autre,. C’est toute leur vie amoureuse et familiale qui en est alors transformée, dans une ouverture au mystère et à l’imprévu de l’autre, des enfants, de tous les autres.

Les jeunes couples inventent une nouvelle manière d’aimer et de durer. Le tissu familial et social peut-il les aider dans cette période de changements ?

Anne Lannegrace, mariée, 4 enfants, 11 petits enfants, est psychologue et psychanalyste. Elle est directrice du département Famille de la conférence des Evêques de France.